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Lost In Traplanta : Interview de Mathieu Rochet

Par -
@mathieurochet

Thanks God il y a Arte !

Grâce à la chaine culturelle et éclectique et à des producteurs "audacieux", vous avez ou pourrez découvrir "Lost in Traplanta" : une mini série sur la Trap (et le rap) tournée dans son fief, Atlanta. Nous avons pu recueillir les confidences de Mathieu Rochet, le réalisateur, qui se livre sur sa passion pour le hip hop, dévoilant son regard sur un pan essentiel de la culture urbaine actuelle. Interview.

Bonjour Mathieu, pour commencer une question qui pourrait te définir, quel est ton rapport au rap ?

C'est mon plus vieux copain, je l'écoute et je traine avec depuis que j'ai onze ans. J'en ai 39 donc ça remonte. À une époque, t'étais chelou, un vrai naze, si t'écoutais du Rap. Les gens - surtout les filles -  écoutaient « de tout, sauf du rap ». Grâce au Rap j'ai découvert trop de musiques, de films, de livres, d'endroits, de gens... Je ne serais jamais allé à Atlanta ou à Brooklyn sans lui. Je serais même pas réalisateur sans lui, aucun doute là-dessus.

Quelle est la genèse de cette serie ? un constat ? une volonté de redistribuer les cartes ? 

J'avais envie de faire un truc sur ATL depuis longtemps, sans trouver un moteur narratif fort... et un jour j'ai vu un sketch de Key & Peele sur Outkast, où André 3000 était habillé en Robin des Bois, insupportable, face à un Big Boi qui n'en peut plus. Ça a été le déclic, parce qu'au lieu de poser pour la millième fois la question de leur reformation, ils s'amusaient du fait que ces deux-là ne remettraient jamais ensemble. Du coup j'ai fait pareil : les remettre ensemble c'est impossible, donc c'est pile ce qu'il faut essayer de faire. Avec un mec marrant mais pas cool, pas au courant, comme ça il peut multiplier les accidents et poser des questions un peu cons aux quatre coins d'Atlanta, et croiser un tas d'artistes et d'inconnus bien représentatifs de la ville.

-         Pourquoi Outkast ? 

Pour trois raisons :

1/ ils ont mis ATL sur la carte, ils sont incontournables dans un récit sur cette ville.

2/ j'adore leur musique, aucun album ne ressemble au précédent, et ils ont ouvert la voie à des rappeurs comme Kid Cudi, Kanye, Chance... tous les MCs un peu différents, pas gangsta. Le Rap serait vraiment différent sans eux et Organized Noize

3/ leur absence est un fait culturel aussi important, aussi commenté, débattu, qu'un de leurs disques. C'est le seul groupe de Rap qui s'est arrêté à son sommet.

-       La séparation de Larry ? -protagoniste de la serie- peut elle être interprétée comme une métaphore de la scission du hip hop actuel trap vs rap ?

Pas con ! Mais pas vraiment : cette scène a été écrite et tournée après la fin du tournage, le jour où Kody a pris l'avion pour quitter ATL. À midi je l'ai écrite, à 14h on l'a tournée, et à 18h Kody était à l'aéroport... D'ailleurs je remercie mes prods Sara et Marie parce qu'elles auraient pu m'envoyer bouler pour les frais en plus... A la base, j'avais des prémices plus radicales, et plus clivantes : c'était Rap God qui chargeait Larry de retrouver Outkast pour sauver le monde de l'épidémie de Trap Music.  L'idée était que Rap God ne déteste pas Migos, mais le fait que tout le monde sonne comme Migos. Du coup, y avait une narration faussement manichéenne (le point de vue Rap God n'est pas le mien), avec Larry qui partait sur cette idée que la Trap c'est un peu nul, et qui réalise petit à petit que c'est pas si mal... voire carrément mortel. C'était une série sur la Trap qui fait semblant de détester la Trap. C'était un peu compliqué, et à la fin du tournage je me suis rendu compte que c'était trop négatif, qu'à ATL tout le monde - y compris Outkast, Organized Noize - est fier de la Trap, même s'ils n'ont pas envie d'en écouter 4 heures d'affilée. Je me suis dit qu'Outkast était un groupe suffisamment chouette pour qu'on ait envie de les reformer « pour eux », et pas juste « contre la Trap ».    

Aurais tu et as tu eu envie de prendre la France comme sujet, pour traiter sensiblement de la même évolution ? 

Non, pas trop. Le Gangsta Rap, j'irais plutôt le documenter à LA, le Blues dans le Mississipi, et le Reggae en Jamaïque... C'est plus dans ces coins-là que j'ai envie d'amener Larry. Ça veut pas dire que j'ai rien envie de faire en France, mais on n'a pas de ville-musique comme ça... La France a une histoire plus singulière côté basket, par exemple, je vais faire une série là-dessus, mais sans Larry.

Comment s'est déroulé le tournage ?

Très bien ! Les gens adoraient Larry ! Ils croyaient que c'était le Dave Chapelle français., alors que c'est le Kevin Hart belge (rires)... On a laissé beaucoup de sous à Magic City, mais faut dire qu'on peut y manger, y boire, y regarder le basket, y fumer des clopes... et écouter du Rap fort, dans un endroit élégant. J'ai pas d'équivalent en France, alors ici je vais plutôt aux champignons.

Le rap, c'était mieux avant ?

Je crois pas. Comme disait Gladys Knight : aussi sombres que ces jours nous paraissent, ils seront « le bon vieux temps » pour nos enfants. YBN Cordae, J-Cole, J.I.D, 2 Chainz, Anderson Paak, Kendrick Lamar, Translee, Migos, et même Future, ça lassera de bons souvenirs. Y avait aussi plein de rappeurs nazes en 1993, mais on se rappelle que des bons, et tant mieux. Mon idée en tant que fan, c'est que j'ai accès à Kendrick mais aussi à NWA, donc j'ai vraiment pas de quoi me plaindre. Personne t'oblige à souffrir et à regarder en boucle les 10 clips nuls du moment.

-         De ton point de vue, quelles sont les prochaines tendances dans le monde du hip hop ?

J'en sais rien. A ATL, Outkast c'était la musique des parents, la Trap celle de leurs enfants. Un jour la Trap sera celle des parents, et le Rap changera d'emballage pour être un truc que les fans de Trap trouveront bête et musicalement pauvre... Je mets 5 euros là-dessus.

"Cinématiquement" parlant, et de ton point de vue de réalisateur, ce fût un sujet enrichissant pour toi à tourner ?  

Ouais ! J'avais envie d'essayer la comédie, de faire un truc bien à moi, puisque finalement j'avais rien réalisé tout seul avant ça. C'était cool et joyeux à tourner, même si 13-14 jours pour 10 épisodes c'est très sport et tu dors pas beaucoup. Avec Ronnie (Franco, l'assistant-réalisateur), Emile (Darves-Blanc, le chef op) et Kody, c'est un peu comme si on avait fait la guerre ensemble, parce qu'on avait un rythmne de ouf, et qu'on était face à une grande question : qu'est-ce qu'on est en train de faire, et est-ce que ça risque pas d'être ridicule ? Et puis jour après jour, on voyait Kody qui arrivait à faire des trucs de dingues, et en face de lui les gens qui lui livraient des témoignages cools ou surprenants... Tous les soirs on matait les rushes et on était écroulé, donc on a vite été plutôt serein : au moins ça fera marrer les gens comme nous. Et la post-prod aussi c'était très instructif pour moi : j'ai bossé avec un super monteur, Alexandre Donot, qui a été l'assistant d'Hervé de Luze (le monteur de Polanski) au début de sa carrière. Donc un jeune gars, mais à l'ancienne, qui a déjà filé à LA depuis... et là on passe sur un rythme hyper différent, plus confortable, avec 5 jours pour monter chaque épisode, à deux dans une pièce sombre. Un autre délire, mais super aussi. C'est les deux facettes du taf, enfin les trois, si tu comptes les longs mois où tu écris tout seul pour préparer le bazar.

Tes futurs projets ou envies ?

Larry a LA ! Dr Dre, le G-Funk et ses petits ! Et sinon « Jacques Martien », un film pour le ciné, genre Le Grand Blond a la mort aux trousses, mais à Lyon. Et aussi « Un Prophète en Survet », un docu qui raconte l'unification de la France par le Prophète du basket de rue Moustapha Sonko. Un portait de la France des 90's, par le prisme du basket.

Merci Mathieu !



KodY Kim et Dominique Wilkins

 
  

  

Kody Kim


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